Gens de chez nous

Cécile Pironet habite notre village et est coordinatrice au Contrat de Rivière de l’Ourthe. Elle a gentiment accepté de répondre aux questions de l’aplovou.

cecileBonjour Cécile, peux-tu, en quelques mots, te présenter ainsi que le Contrat Rivière ?

Géographe de l’Université de Liège, je suis au Contrat Rivière depuis 18 ans.

C’est une asbl financée à 100 % par les communes du bassin de l’Ourthe, la Région wallonne et les provinces de Liège et de Luxembourg. Elle regroupe tous les acteurs de la rivière : les communes, les associations, les pêcheurs, les loueurs de kayaks, les distributeurs d’eau, …

On travaille pendant trois ans sur un programme d’actions. Les trois premières années ont servi à définir celles à mener pour préserver les ressources en eau, restaurer la rivière et sa biodiversité et concilier l’ensemble des acteurs.

Notre travail porte sur sept objectifs : 1. Améliorer la qualité de l’eau – 2. Limiter les dégâts dûs aux inondations (pas facile) – 3. Accompagner les acteurs qui ont besoin de la rivière pour travailler afin que ça se passe correctement et de manière écologique (développement durable) – 4. Protéger et restaurer le patrimoine naturel ainsi que le patrimoine culturel – 5. Informer, sensibiliser, mettre en œuvre des concertations – 6. Réaliser les inventaires de terrain, les études – 7. Trouver les fonds nécessaires pour continuer.

Nous sommes en train de finaliser le sixième programme d’actions qui doit être approuvé fin décembre.

On compte environ 500 à 600 actions par an qui sont inscrites dans le programme avec environ 80% réalisés au terme des trois ans. Toutes les actions sont effectuées sur base volontaire par nos partenaires. Certaines qu’on aimerait mener ne sont pas reprises car impossibles à accomplir endéans les trois ans.

Au niveau des coûts, on va d’actions qui ne coûtent rien à d’autres nécessitant un budget important comme les travaux d’égouttage ou les stations d’épuration. Les subsides alloués ne couvrent pas ces travaux mais servent pour les frais de fonctionnement du Contrat Rivière : salaires du personnel, véhicule, actions d’information et de sensibilisation ainsi que quelques petits chantiers de restauration.

Au niveau partenaires publics, nous avons 25 communes, trois provinces, la Région et ses divers services. L’asbl est divisée en trois groupes : les pouvoirs locaux (communes et provinces), l’administration et les autres. Chaque groupe a le même poids en cas de vote (il y a une proportionnelle). Ce qui n’est pas arrivé jusqu’à présent puisque toutes les décisions ont été prises par consensus.

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Comment se portent nos ruisseaux et rivières ?

Ils se portent plutôt bien avec une évolution positive d’après les derniers plans de gestion par districts hydrographiques et les mesures de qualité de l’eau par masses d’eau. Lors du premier plan de gestion, dans le bassin de l’Ourthe, il y avait quatre à cinq masses d’eau de très mauvaise qualité. A l’heure actuelle, il reste une mauvaise (le ruisseau de Nohaipré sur Chéoux), une médiocre (la Marchette à Marche), deux moyennes (le ruisseau de Bloquay qui arrive à Comblain-Fairon et la Marchette II qui arrive à l’Ourthe).

Chez nous la qualité est bonne ou, du moins, nos ruisseaux ont atteint le niveau demandé par l’Europe. Petit bémol, les données concernent l’exutoire des masses d’eau et là, la dilution a fait son œuvre mais, parfois, localement, on a dans des petits cours d’eau, surtout là où il n’y a ni égouts ni station d’épuration, des rejets d’eaux usées qui, par endroit, peuvent poser de gros problèmes surtout en période de basses eaux.

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Qu’en est-il des travaux réalisés à l’abreuvoir de Grande Hoursinne ?

Au niveau petits chantiers, les communes pouvaient nous proposer différentes choses. Nous avions mis un budget de côté pour les aider. On payait la main d’œuvre et elles payaient le matériel. Ici donc, la commune nous a proposé de restaurer le bac à Grande Hoursinne qui en avait bien besoin. Les travaux avaient pour but d’éviter qu’une trop grande quantité d’eau n’arrive dedans. Une déviation a été faite à l’arrière pour que l’eau passe en grande partie sur le côté ce qui n’est pas encore suffisant semble-t-il. Il y a quelque chose à régler puisque ça déborde encore par moments mais beaucoup moins qu’avant !

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Un de vos objectif est : « Déterminer un ensemble de mesures afin de diminuer les dégâts dûs aux phénomènes d’inondation ». Hoursinne et la région ont été sérieusement touchés en juin. Quels sont les problèmes auxquels il faut faire face chez nous ?

On a 2 problèmes d’inondations :  les inondations débordantes et les inondations par ruissellement. Les premières sont, entre guillemets, faciles à prévoir et on peut dire 2 ou 3 heures à l’avance qu’il va y avoir un problème et donc prendre des mesures de protection. C’est le cas, notamment sur l’Ourthe. Pour les secondes, le ruissellement suite à un orage, le problème est que les prévisionnistes sont incapables de dire à quel endroit l’orage va tomber (de ce côté-ci de la colline ou en face ?). On sait dire qu’il va y avoir des orages, on sait dire qu’ils vont être importants mais c’est tout. La localisation exacte est impossible.

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Suite au phénomène à Hoursinne, certaines personnes préconisent de faire des travaux au niveau des bois notamment pour éviter que cela se reproduise. Qu’en penses-tu ?

Lorsque l’on voit la quantité de cailloux venant des chemins forestiers qu’on a retrouvés dans le village, une possibilité serait, peut-être, comme cela se fait ailleurs et notamment en montagne, de placer des axes en travers pour essayer de dévier l’écoulement vers d’autres endroits. Je ne sais si c’est une solution mais c’est peut-être une possibilité à étudier. Mais le faire où ? partout ? Rien ne prouve que ça se reproduira au même endroit. De plus, il faudrait alors aussi étudier vers où l’eau serait déviée pour ne pas simplement déplacer le problème. D’autres aménagements de rétention d’eau sont possibles mais de nouveau se pose la difficulté de la localisation. Le mieux, quand on connaît les axes d’écoulement est d’éviter d’y placer des habitations, les réserver plutôt pour des jardins. Mais ce n’est pas possible pour les habitations existantes.

Et au niveau du Contrat Rivière ?

Au début, nous avons beaucoup travaillé sur les crues débordantes, sur ce qu’il y avait moyen de faire dans l’ensemble du bassin et dans les zones d’inondations pour éviter d’avoir trop de dégâts. Mais la rivière, elle, elle sortira toujours et même de plus en plus fréquemment suite au réchauffement climatique. Donc, en zone inondable, il faut enlever ce qui est possible d’enlever pour diminuer les risques mais l’eau viendra toujours.

Dans le nouveau programme, nous envisageons de proposer le lancement d’une étude pour voir à quels endroits il serait intéressant de mettre des petites rétentions d’eau. Pas pour des phénomènes violents comme nous avons connu mais pour des pluies plus raisonnables. Il y a peut-être moyen d’aménager des choses comme des pratiques agricoles différentes. A certains endroits, rien que le fait de changer un champ de maïs par une prairie ou par une culture avec une couverture de sol complète suffit à éviter la coulée de boue. On a l’eau mais on n’a pas la boue, il n’y a pas érosion du terrain. Une autre technique, pour les zones agricoles est de placer des fascines dans l’axe d’écoulement afin de laisser passer l’eau mais de retenir les terres.

bandes-enherbees-1Bande enherbée

barrages-filtrants-3Barrage filtrant

Il existe une cellule de la Région wallonne, le GISER, qui peut accompagner les communes pour voir ce qu’elles peuvent faire pour le ruissellement. Ce sont des spécialistes qui, eux, peuvent dire si les solutions qui existent sont applicables ou non suivant l’endroit et ce, au cas par cas.

Carte des aléas d’inondation dans notre région :

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Merci Cécile de nous avoir accueillis et d’avoir ainsi levé un coin du voile sur l’action et le fonctionnement du Contrat rivière.

Vous désirez plus d’infos ou vous voulez suivre les réalisations du Contrat Rivière ?  C’est ICI

Et, pour aller encore plus loin, vous trouverez ci-dessous les liens pour consulter les fiches complètes des cours d’eau suivant :

l’Aisne I – l’Aisne II Lisbelle – le ruisseau de Bireday – l’Ourthe II

 

Crédit photo : © GISER ; © J. Wagener

Carte aléas d’inondations : geoapps.wallonie.be/inondations

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